dimanche 23 novembre 2008

Les magiciens de l'espace 29

Exposition à l’espace 29 le 6 et le 7 novembre 2008
L’espace 29 est une galerie d’art où sont exposées des créations contemporaines. L’espace 29 est un lieu à part, le terme d’espace est bien choisi à mon avis. C’est un espace de liberté, un espace hors du temps, dans lequel les personnalités s’expriment à travers l’art, sans censure et sans tabou. C’est un endroit magique et féerique où la beauté et l’esthétisme côtoient la laideur, où la douceur se marie avec l’horreur où l’émotion parle, vit, se déploie, prend le contrôle de notre être et nous entraîne sur sa pente vertigineuse et terrifiante.
Pour un visiteur, un spectateur, vivre l’espace 29, cela peut-être rentrer dans un conte de Perrault, d’ Andersen, de Grimm, le conte fantastique « de l’histoire sans fin » dans lequel le monde se décompose et se détruit au gré des rêves angoissés d’une toute jeune princesse ou bien les contes terrifiants d’Edgard Poe et ceux rempli de loups-garou, de vampires et d’égorgeurs, car la présence de l’artiste rend ce lieu vivant. La rencontre privilégiée avec l’artiste permet cette confusion agréable entre le réel et le monde du rêve et du fantasme.
Vivre l’espace 29, c’est aussi traverser l’espace, le temps et les époques. Lors de la dernière exposition, j’ai assisté à une « performance » au cours de laquelle le corps était utilisé comme principal instrument de création. Je n’avais jamais assisté à une performance. Je suis restée sans voix, choquée, intimement déstabilisée par ce qui se donne, s’offre en pâture à l’ œil du voyeur et pénètre les tréfonds de notre inconscient, sans état d’âme, pour aller en extraire l’essence même de l’émotion.
Si l’artiste qui réalise sa performance peut-être comparé à la description poétique de ce que sont les poètes par Charles Baudelaire dans le poème l’Albatros extrait du recueil de poésie « Les fleurs du mal »
L’Albatros
Souvent pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des Albatros, vastes oiseaux de mer,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid
L’un agace son bec avec un brûle- gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le poète est semblable au Prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Charles Baudelaire Les fleurs du mal

L’artiste peut-être aussi comparable à une prostituée car le contact est très intime entre lui et le public. Et comme l’infâme prostituée, par le maquillage de son art, et la barrière subtile dressée entre lui et le public par le biais de sa création artistique, il garde le contrôle de la situation, laissant son client, le spectateur désemparé face à une émotion authentique dont il ne sait que faire et à qui la transmettre. Cependant tout comme la catin si il a dominé la situation, il reste dans sa solitude loin de son cher public auquel il s’est vendu.
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